joi, 18 iunie 2026

TINTIN, HEROS UNIVERSEL : LA BANDE DESSINEE AU SERVICE DU DIALOGUE DES CULTURES

 


Academia Barladeana a organisé, le 16 mai 2026, la  conférence  "Tintin, héros universel: la bande dessinée au service du dialogue  des cultures" soutenu par S.E. John Cornet d`Elzius, Ambassadeur du Royaume de Belgique en Roumanie, Monsieur David Bongard,  Premier Conseiller a la Représentation  de l`O.I.F. pour l`Europe centrale et orientale et Monsieur Dodo Niță, spécialiste et historien de la bande dessinée.

Voici le discours de S.E. John Cornet d`Elzius:



"Je suis très heureux de me trouver aujourd’hui à Barlad, pour la fête annuelle de la ville.

J’aime voyager dans ce beau pays qu’est la Roumanie et sentir ce qui se vit partout dans le pays. La Roumanie est un pays  riche de sa diversité, tant sur le plan géographique qu’humain. En ce sens, il ressemble à la Belgique et les Roumains me font souvent penser aux Belges.

 Mes remerciements vont à Madame Corina Macovei et à l’Academia Berladiana, qui ont organisé l’événement de ce jour.



 J’aimerais aujourd’hui exprimer mon soutien et mes encouragements aux professeurs et aux étudiants en langue française.

Tout le monde actuellement connait plus ou moins bien l’anglais. Mais ce qui fait la différence aujourd’hui, c’est la connaissance d’une ou de plusieurs langues étrangères. Je suis ici avec le Représentant adjoint de la Francophonie, Monsieur David Bongard. Il pourra exprimer mieux que moi l’importance de la langue française, parlée par des centaines de millions de personnes à travers le monde. Je vous encourage donc à persévérer dans l’apprentissage de cette belle langue qui fait aussi partie de la culture roumaine.

 Cette belle langue, je l’ai apprise, comme beaucoup de jeunes belges, par la bande dessinée et spécialement Tintin qui m’a accompagné toute ma vie.



Je voudrais ici faire une parenthèse et rendre hommage à mon ami Dodo Nitza qui est le meilleur connaisseur de Tintin et de la bande dessinée belge en Roumanie.

Dodo a écrit un petit fascicule très amusant, dont il vous parlera sur la Roumanie comme source d’inspiration pour l’album de Tintin « le sceptre d’Ottokar »

 Tintin m’a accompagné toute ma vie. Je me revois sur les genoux de mon père me lisant un album de Tintin quand j’avais 6-7 ans. Aujourd’hui, je fais de même avec mes petits-enfants.

 Pourquoi Tintin est-il un héros universel ?

 D’abord parce qu’on peut le lire à tout âge. De 7 à 77 ans comme il est écrit sur les albums de Tintin. Avec bien-sûr une approche différente selon l’âge. On commence par regarder les dessins, ensuite on apprend à lire grâce aux Tintin, puis on est pris par le scénario. Aujourd’hui encore, je découvre dans les albums de Tintin des détails que je n’avais pas remarqué auparavant.

            Ensuite parce qu’il y a plusieurs lectures de Tintin :

  • Une lecture graphique : les couvertures originales de Tintin sont très belles et se vendent aujourd’hui à des millions d’euros ;
  • Une lecture historique : c’est toute l’histoire du XXème siècle que parcourent les albums de Tintin : la colonisation, l’attaque des Japonais en Mandchourie, la guerre du Gran Chapo en Amérique du Sud, l’entre-deux-guerres en Roumanie et dans les Balkans, la seconde guerre mondiale (indirectement), la création de l’Etat d’Israël, la Guerre froide…
  • Une lecture sociologique : les albums de Tintin nous montrent comment les gens pensaient, réagissaient, voyaient l’Amérique, l’Afrique, l’Asie. C’est plein d’enseignements sur les mentalités de l’époque.
  • Une lecture psychologique : Les Bijoux de la Castafiore, à mon avis le sommet de l’art d’Hergé, est un véritable thriller psychologique qui se passe dans un endroit restreint. Le secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge  qui permet l’achat de château de Moulinsart, nous plonge dans le secret de famille d’Hergé. Il se croyait le petit-fils d’un châtelain, sinon du Roi des Belges Léopold II.
  • Une lecture humoristique : un humour au second degré qui met en évidence les côtés ridicules de certaines personnes ou certaines situations.
  • Une lecture morale : très souvent les personnages de Tintin, comme le capitaine Hadock dans Tintin au Tibet mais aussi Milou sont confrontés à la tentation entre le bien et le mal et ils choisissent le bien. Hergé, l’auteur de Tintin, a été boy-scout et travaillait pour le journal catholique et conservateur : le Petit XXème. La morale chrétienne est très présente dans l’œuvre d’Hergé.

Toutes ces lectures différentes font de Tintin une œuvre universelle.


Tintin est enfin un héros universel car il est à la fois très belge et sans pays.

Il y a de nombreux mots en Brusseleir (le dialecte bruxellois) dans Tintin, dont Wadesdah (qu’est-ce que c’est en flamand bruxellois), capitale de l’Emirat du Khemed ou encore la devise du Roi de Syldavie « her ben ek, her blavek » (« hier ben ik, hier blijf ik », j’y suis j’y reste »). Roi de Syldavie qui, comme l’a découvert Dodo Nitza, est tiré d’un portrait du Régent Alexandre-Ian Cuza.

Mais les villes pourraient être n’importe où et, comme je l’ai dit, les caractères des personnages sont universels.

 Je vois personnellement une filiation entre Tintin et l’œuvre de Breughel, le grand peintre flamand du XVIème siècle. Une description caricaturale des mœurs de l’époque et de la nature humaine. La Belgique est un pays qui a toujours donné de bons caricaturistes.

 Je me permets ici une petite digression : la Roumanie et la Belgique ont une histoire assez similaire : ce sont deux Etats, créés au XIXème siècle mais qui ont été longtemps le joyau d’une couronne étrangère. Cela a créé dans nos deux populations le même type de réaction vis-à-vis de l’autorité :  une certaine distance mêlée d’humour. Dans les albums de Tintin, on le voit dans la description, assez grotesque, des deux Dupond qui symbolisent l’autorité.

 Les Tintin ont été pendant un certain temps traduits en Roumain et si je ne me trompe pas, la traduction en Roumain est l’œuvre de Dodo. Nous sommes aujourd’hui à la recherche d’un nouvel éditeur de Tintin en Roumain. Ceci dit, je vous conseille, entretemps, de les lire en français. C’est un excellent moyen d’apprentissage de la langue. J’ai apporté avec moi 4 albums que j’offre avec plaisir à Madame Macovei qui a organisé cette intéressante rencontre."

 

John Cornet d`Elzius

Ambassadeur du Royaume de Belgique a Bucarest





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